Aimé par dessus les tempêtes et les intempéries, aimé au travers des brumes et des raz de marées, en survivant toujours, comme d'illustres naufragés qui ont traversé la mer pour revenir en vie.
Aimé parce que c'est tout ce qu'il restait à faire et tout ce qu'il fallait accomplir, parce que sans amour tout était perdu et nous aurions coulé à pic avec le navire.
Il faut avoir aimé plus qu'on ne peut le concevoir, aimé plus qu'on ne pouvait le faire. Malgré les nombreux boulets des voiles noires envoyés injustement pour nous contraindre à la colère.
Aimé la nuit, le jour, le matin, le soir,
l'été, l'hiver, les jours de pluie et de beau temps.
Aimé dans la fatigue et dans le désespoir, aimé... jusqu'à l'effondrement.
Je crois qu'il faut avoir aimé jusqu'à haïr l'amour pour comprendre ce que c'est que de se détester soi-même, d'avoir tant aimé et d'avoir décidé de ne rien faire le jour où cet amour a sauté par dessus bord.
Et si je parle d'amour comme je ne réussis pas à le faire autrement, c'est parce qu'à quelque part, endormi, il est encore vivant; comme un bateau fantôme qui ère tranquille sur les flots égarés d'une mer plus clémente.